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Gestion de l’entreprise. La délégation de pouvoirs : un outil managérial à connaître… et à maîtriser…

Avec Caroline Ménard, avocat, Oratio Angers

Au sein d’une petite entreprise, les décisions sont majoritairement prises par l’employeur. Mais lorsque l’entreprise s’agrandit, le dirigeant peut avoir tout intérêt à déléguer une partie de ses pouvoirs. Quels sont les intérêts ? Quels sont les risques ? Selon quelle procédure ? Caroline Ménard, avocate chez Oratio, nous apporte des éléments de réponse.

O’News : Lorsque l’on dirige une société, il peut être tentant mais vraiment complexe de franchir le pas de la délégation de pouvoirs. Pouvez-vous nous expliquer quels peuvent être les avantages d’une délégation de pouvoirs?
Caroline Ménard :
Lorsqu’une société se développe et que les responsabilités et les tâches de l’employeur augmentent, la délégation de pouvoir est une réponse managériale intéressante parce qu’elle permet de soulager le chef d’entreprise.
La délégation de pouvoirs, qui se distingue de la simple délégation de signature (qui n’est qu’une habilitation donnée à un collaborateur de signer des actes et contrats en lieu et place du représentant légal de l’entreprise) permet, en effet, au dirigeant de transférer son pouvoir de décision dans un domaine précis à l’un de ses collaborateurs (qui devient alors un « délégataire »). Elle permet également de confier certaines expertises à un collaborateur ou à un responsable (au responsable des ressources humaines ou au responsable financier, par exemple).
Notez que le recours à la délégation de pouvoir peut s’avérer une obligation. Il a déjà été jugé que lorsque la taille ou l’organisation de l’entreprise empêchent le chef d’entreprise de procéder lui-même au contrôle et à la surveillance de l’application des normes juridiques, la délégation de certains pouvoirs devient une obligation.


O’N : N’y a-t-il pas un risque pour l’employeur d’être tenu pour responsable des conséquences préjudiciables que peuvent avoir les décisions prises et des actions entreprises par ses collaborateurs dans l’exercice de leur délégation ?
C. Ménard :
Par principe, c’est toujours le chef d’entreprise qui est responsable de l’exacte application de la loi. Il est donc tenu pour responsable des dommages et des préjudices causés par des manquements à ces obligations. Cependant, une nuance est à apporter en présence d’un préjudice causé par un délégataire.
La responsabilité du chef d’entreprise peut être de nature pénale ou civile. Or, dès lors qu’une délégation est mise en place, l’employeur est exonéré de sa responsabilité pénale dans le domaine délégué. Ce qui signifie qu’il n’encourt pas de peine d’emprisonnement ni de peine d’amende pour les infractions commises par le délégataire lors de l’exécution de sa mission. Toutefois, l’exonération de responsabilité pénale n’est pas valable dès lors que l’employeur a lui-même participé à la commission de l’infraction.
Pour autant, le chef d’entreprise demeure, malgré les délégations de pouvoir qu’il prononce, civilement responsable. Cela signifie que pour toutes les fautes et pour tous les préjudices causés par ses délégataires au cours de l’exécution de leur délégation, l’employeur reste responsable pécuniairement. Il est tenu de verser les éventuels dommages-intérêts pour indemniser les victimes des préjudices causés par ses délégataires.

O’N : La délégation de pouvoirs peut donc s’avérer utile, voire nécessaire, tant sur un plan organisationnel que managérial. Quels sont les préalables à vérifier avant de procéder à une O’News : Lorsque l’on dirige une société, il peut être tentant mais vraiment complexe de franchir le pas de la délégation de pouvoirs. Pouvez-vous nous expliquer quels peuvent être les avantages d’une délégation de pouvoirs?
Caroline Ménard :
Lorsqu’une société se développe et que les responsabilités et les tâches de l’employeur augmentent, la délégation de pouvoir est une réponse managériale intéressante parce qu’elle permet de soulager le chef d’entreprise.
La délégation de pouvoirs, qui se distingue de la simple délégation de signature (qui n’est qu’une habilitation donnée à un collaborateur de signer des actes et contrats en lieu et place du représentant légal de l’entreprise) permet, en effet, au dirigeant de transférer son pouvoir de décision dans un domaine précis à l’un de ses collaborateurs (qui devient alors un « délégataire »). Elle permet également de confier certaines expertises à un collaborateur ou à un responsable (au responsable des ressources humaines ou au responsable financier, par exemple).
Notez que le recours à la délégation de pouvoir peut s’avérer une obligation. Il a déjà été jugé que lorsque la taille ou l’organisation de l’entreprise empêchent le chef d’entreprise de procéder lui-même au contrôle et à la surveillance de l’application des normes juridiques, la délégation de certains pouvoirs devient une obligation.


O’N : N’y a-t-il pas un risque pour l’employeur d’être tenu pour responsable des conséquences préjudiciables que peuvent avoir les décisions prises et des actions entreprises par ses collaborateurs dans l’exercice de leur délégation ?
C. Ménard :
Par principe, c’est toujours le chef d’entreprise qui est responsable de l’exacte application de la loi. Il est donc tenu pour responsable des dommages et des préjudices causés par des manquements à ces obligations. Cependant, une nuance est à apporter en présence d’un préjudice causé par un délégataire.
La responsabilité du chef d’entreprise peut être de nature pénale ou civile. Or, dès lors qu’une délégation est mise en place, l’employeur est exonéré de sa responsabilité pénale dans le domaine délégué. Ce qui signifie qu’il n’encourt pas de peine d’emprisonnement ni de peine d’amende pour les infractions commises par le délégataire lors de l’exécution de sa mission. Toutefois, l’exonération de responsabilité pénale n’est pas valable dès lors que l’employeur a lui-même participé à la commission de l’infraction.
Pour autant, le chef d’entreprise demeure, malgré les délégations de pouvoir qu’il prononce, civilement responsable. Cela signifie que pour toutes les fautes et pour tous les préjudices causés par ses délégataires au cours de l’exécution de leur délégation, l’employeur reste responsable pécuniairement. Il est tenu de verser les éventuels dommages-intérêts pour indemniser les victimes des préjudices causés par ses délégataires.


O’N : La délégation de pouvoirs peut donc s’avérer utile, voire nécessaire, tant sur un plan organisationnel que managérial. Quels sont les préalables à vérifier avant de procéder à une délégation de pouvoirs ?
C. Ménard :
Avant d’envisager une délégation de pouvoirs, il est important pour l’employeur de procéder à certaines vérifications. Comme bien souvent, le premier réflexe sera de vérifier la convention collective applicable dans l’entreprise, d’autant plus à l’heure actuelle où une grande liberté est donnée quant à la rédaction des accords d’entreprise. La convention collective peut interdire purement et simplement toute délégation de pouvoirs. Mais elle peut également en limiter l’accès en la réservant à certains postes de l’entreprise (par exemple, il peut être prévu que la délégation du pouvoir de négocier un contrat de travail sera réservée au service des ressources humaines).
Il faut également ajouter que la délégation de pouvoirs de l’employeur n’est possible qu’au profit des seuls salariés de l’entreprise. Il est strictement interdit de procéder à une délégation de pouvoirs à un collaborateur extérieur ou bien à un prestataire de l’entreprise. De plus, l’employeur ou la personne qui délègue des pouvoirs ne peut déléguer qu’une partie des pouvoirs qu’elle détient réellement. Ainsi, si un domaine a déjà été délégué à un collaborateur, ce même domaine ne pourra pas être délégué une seconde fois à un collaborateur différent.
Enfin, si l’identité du délégataire est essentielle, ses capacités à recevoir la délégation le seront tout autant.

O’N : Qu’entendez-vous précisément par la « capacité du collaborateur qui reçoit la délégation de pouvoir » ?
C. Ménard :
Le collaborateur qui reçoit une délégation de pouvoirs de la part de son employeur doit pouvoir la mettre en pratique : à défaut, la délégation est réputée ne jamais avoir existé. Pour cela, il faut que le délégataire occupe un poste qui lui permette d’exercer la mission déléguée.
En pratique, le délégataire doit détenir l’autorité nécessaire, c’est-à-dire qu’il doit pouvoir exercer son autorité auprès d’autres collaborateurs afin de mener le projet à bien sans qu’un refus puisse lui être opposé. L’employeur doit le mettre dans une situation lui permettant d’avoir les moyens de mener à bien cette mission.
Au-delà de la nécessité de pouvoir exercer un contrôle sur certains de ses collaborateurs, le délégataire doit être totalement indépendant. Pour cela, il doit avoir une capacité décisionnelle sans avoir à en référer à un supérieur hiérarchique. De plus, son indépendance passe aussi par une indépendance disciplinaire. L’exercice de ses fonctions dans le domaine délégué ne doit pas se heurter à un pouvoir disciplinaire qui l’empêcherait de mener à bien ses projets. Enfin, une indépendance financière est nécessaire.
La délégation de pouvoirs permet, comme il a déjà été souligné, de confier certains domaines à une meilleur expertise. Par conséquent, le délégataire doit être compétent et détenir les connaissances nécessaires à la réalisation de ses tâches.

O’N : Lorsqu’un dirigeant décide d’effectuer une délégation d’un domaine de compétences, comment doit-il faire ? Doit-il suivre une procédure spécifique ?
C. Ménard :
Aucune véritable procédure de délégation n’est établie. Et, même si aucun écrit n’est véritablement exigé par la loi et par les juges, il est cependant conseillé d’en établir un. En cas de contentieux, il sera ainsi beaucoup plus aisé d’apporter la preuve de l’existence d’une délégation.
Le contenu de l’ordre de délégation doit définir précisément l’objet de la délégation, mais également les obligations qui en découlent. Il s’agit de préciser le rôle exact que doit prendre le collaborateur délégataire.
En principe, vous pouvez déléguer vos pouvoirs dans tous les domaines. La pratique de la délégation est courante en matière d’hygiène et de sécurité, mais également dans la plupart des domaines en matière sociale tels que l’embauche, la durée du travail, la médecine du travail ou encore la représentation du personnel. Mais l’employeur ne doit pas déléguer la totalité de ses pouvoirs. Une délégation trop générale ne serait pas retenue par le juge en cas de contentieux. Et l’employeur sera tenu responsable des fautes commises dans le domaine initialement délégué.

O’N : Le collaborateur qui a reçu une délégation de pouvoir peut-il, lui aussi, déléguer une partie de ses responsabilités ?
C. Ménard :
Rien n’interdit de subdéléguer une partie des compétences que l’on a reçues en délégation. Mais cette « sous-délégation » doit répondre aux mêmes exigences que la première délégation de pouvoirs. Le salarié qui reçoit la seconde délégation doit avoir la compétence, les moyens, les connaissances techniques et juridiques ainsi que l’indépendance nécessaire à la mise en œuvre de sa mission.


Aucune véritable procédure de délagation n’est établie. Et, même si aucun écrit n’est véritablement exigé par la loi et par les juges, il est cependant conseillé d’en établir un.

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